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Faustine Steinmetz : la fibre au coeur

Avec sa collection spring-summer 2016, Faustian Steinmetz colle les morceaux du quotidien pour créer des vêtements à la poésie bien déconstruite. 

La jeune créatrice, connue pour son travail de finitions notamment sur le denim, travaille à nouveau le jean comme matière semi première dans sa dimension, recyclé pour réinventer une ligne plus sportswear avec joggings et polos à la clef. Son approche du denim fait naitre une nouvelle matière, hybride, pliée et déchiquetée en recyclant de vieux jeans : la démarche semble ainsi devenir une véritable signature symbole d'un engagement envers une démarche plus responsable et le monde de demain. Un engagement plein de détermination qui conduit la créatrice vers une véritable auto determination révélatrice de la recherche constante qui caractérise ses silhouettes. 

Inspirée par des artistes de renom comme Salvador Dali ou l'américain Joseph Kosuth, Faustine Steinmetz marque le fondamental du quotidien dans son vestiaire. L'art qui mute et transfigure les objets familiers s'attarde ainsi sur le vêtement pour lui donner une impression de vivant. La créatrice fait vivre la matière dans des dérives troublantes, aux méandres torturés mais plein de délicatesses. Ces influences tirent sur le tissu et jouent sur les longueurs alors que la fibre façonne les vêtements dans une 3 dimensions révélatrices. 


Du mythique à l'avant garde : le denim

Dans la mode, comme dans n’importe quel vestiaire qui se respect, le jean fait partie des classiques intemporels dont il est impossible de se passer. Si on l’a connu à ses origines comme un bleu de travail, il ne lui a pas fallut beaucoup de temps pour devenir le symbole d’une modernité à toutes épreuves. Parfois trop formel, le jean sait, quand il le faut, bouleverser les garde-robes et la silhouette. La révolution du slim au début des années 2000 illustre parfaitement la force de frappe de cette pièce qui a inévitablement rendu ringards le vieux 5 poches coupe droite de l’époque.

Du jean au total look
Si les studios de création uniquement dédiés aux jeanswear continuent de propager cet amour du denim, de multiples créateurs de mode s’approprient ponctuellement la matière pour faire renaitre le tissu sous de nouveaux angles. Du simple pantalon veste chemise façon Levi’s ou Marlboro, des noms comme Kenzo, Dior Homme, Stella McCartney ou encore Martin Grant ne cessent de propager parkas, trenchs, combinaisons ou autres pièces typiques de leur vestiaire en guise de renouveau. De cette vision bien commerciale, la véritable révolution de ces dernières années concernant le denim fait davantage preuve de profondeur et de recherches. Beaucoup moins connus que leurs pères, de jeunes créateurs émergeants, le plus souvent inconnus du grand public, se retrouvent dans les derniers concours internationaux de mode pour faire valoir leur refonte total du denim.

Penser le denim autrement 
Cette nouvelle approche donne plus de sens au mot technicité. En retravaillant le tissage, la composition ou encore l’enrichissement de la toile, ces nouveaux noms de la créations offrent un visage nouveau à la matière. Pour la créatrice Faustine Steinmetz, découverte lors de LVMH Prize 2015, le travail du denim est pour elle l’occasion de s’opposer frontalement à la fabrication industrielle d’aujourd’hui, facteurs de pollutions et de trop-plein. Cette approche écologique du vêtement lui permet d’expérimenter, derrière son propre métier à tisser de seconde main, tantôt des créations en denim recyclé, tantôt des pièces qui l’évoquent en trompe l’oeil. D’un simple jean la Française, aujourd’hui installée à Londres, confectionne de véritable pièces de luxe uniques et responsables.
Faustine Steinmetz

Cette volonté de s’attaquer aux codes du prêt-à-porter prend également écho dans les travaux de l’allemande Anna Bornhold, gagnante du prix Chloé lors du Festival de Mode de Hyères de cette année. L’approche artisanale de la silhouette qu’elle a présenté, recréé l’apparence d’un jean "pelucheux" derrière lequel se cache un travail minutieux, inspiré de liberté et de mouvement en guise de clin d’oeil plutôt subtile à l’émancipation de cette pièce devenue mythique. Dans cette quête d'authenticité, Alina Brane se réapproprie aussi la toile indigo, le temps d'une collection, derrière des costumes surfant sur le caractère brut de la matière et des effets de transparences, laissant apparaitre tout un jeu d’arabesques. Son travail répond à cette génération de créateurs qui détournent le denim pour aller de l'avant. Cette reconquête de la matière repousse les frontières, aiguise la technique et démantèle la vision classique des pièces en denim. C'est la qualité, la technicité et la créativité qui priment d'avantage. Fini la standardisation.
Anna Bornhold
Alina Brane
Marta Marques et Paulo Almeida, fondateurs de la maison Marques’Almeida (et vainqueurs du prix LVMH Prize 2015) connue pour sa vision effiloché du denim font eux aussi parti de cette avant garde qui cherche à redonner un sens plus profond à leur travail en insistant sur une dimension plus technique et artisanale. La notion d’atelier reprend vie et laisse transfigurer expérimentations et prise de risques. Cette nouvelle génération marque ainsi une véritable rupture avec l’ère industrielle et la production de masse qui ronge petit à petit l’esprit créatif de la mode pour mieux se consacrer vers l’histoire qu’ils racontent.
Marques'Almeida