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PFW La trilogie des présentations homme Spring Summer 2017


En pleine semaine de la mode masculine, les défilés se succèdent inlassablement les uns après les autres, répétant le même schéma coercitif : déplacement, attente, show, applaudissement et on recommence. Il ne faut rien lâcher mais souvent, perdu entre deux horaires clefs, un paradigme plus calme se laisse apercevoir à qui veut bien le rejoindre ; les présentations, plus intimistes mais tout autant créatives sont, elles aussi, l’une des composantes majeures de n’importe quelle Fashion Week digne de ce nom. En plein Paris, petits créateurs et maisons confirmées font ainsi le choix d’une économie éclectique bien souvent plus esthétique qu’un véritable show. Trois d’entre elles ont marqué notre périple masculin : 

ACNE STUDIOS 
Dans l’ancienne bibliothèque du lycée Charlemagne, Johny Johanson l’iconoclaste créateur à la tête de la direction artistique nous rassure sur les interminables épisodes de pluies estivales. Il pleut à Paris, oui, mais en Suède le phénomène se porte à un degré bien supérieur. Occasion de rendre hommage à ses racines suédoises, le créateur nous invite à regarder par la fenêtre et songer à cette pluie battante qui frappe bien souvent la Suède en été. Voici l’inspiration choisie par le créateur. Son travail tourne donc naturellement autour du manteau de pluie ; un indispensable. Déconstruit dans un jeu d’éclectisme, il s’habille de popeline de coton rayée, habituellement utilisée pour les chemises, mais ici plastifiée et transformée en imperméable ultra léger. Les motifs rappelant les nappes traditionnelles suédoises se retrouvent en doublure d’un anorak en laine et soie caoutchoutée. L’atmosphère est quelque peu nostalgique avec cette bande de garçons assis sur leurs chaises dans l’attente et la réflection. Mais au delà du mauvais temps, c’est bien la beauté de la Suède que Johny Johanson souhaite transfigurer dans les couleurs, volumes et matières. Tout est pensé pour rester chic et élégant par temps douteux.


JULIAN ZIGERLI 
Dans une ambiance beaucoup plus street, Julian Zigerli invite une bande de skateurs à venir faire quelques figures en guise de démonstration. A la façon du film "The Smell Of Us" de Larry Clark, c’est au Dôme, derrière le Palais de Tokyo que ses boys and girls se retrouvent pour skater et s’amuser dans une fausse idée d’être désolés. Intitulée « Sorry » la collection ne veut l’être pour rien au monde et ironise sur notre capacité à nous excuser par principe social. Fort de ce constat Julian Zigerli préfère s’en amuser et crier à tue-tête qu’il est désolé sans l’être. Désolé de faire du skate en pyjama, désolé de sortir en slip, désolé de rider sur ton mur…. Dans le fond, il est sûrement désolé de s'en moquer. Il préfère l’insouciance de la jeunesse qui, la tête dans les nuages préfère surfer sur le bitume. Graphique, pleine de couleurs, d’humour et d’amour, la collection rend hommage aux enfants de la ville qui, tout sourire, se profilent dans la continuité populaire du phénomène "planche à roulettes". Du cool à l’état pur. 

SANKUANZ 
3.2.1, attention décollage. Pour la saison estivale 2017, Sankuanz nous transporte au septième ciel avec une collection ultra "Space Age" issue de la collaboration avec l’artiste Xu Zhen. L’invitation, une couverture de survie, en disait déjà long. Ce petit voyage sur Mars ne sera pas sans contrainte. Toute excursion en milieu hostile doit être préparée. La collection offre donc tout un panel de silhouettes nomades réinterprétant les combinaisons galactiques. Il ne manque plus qu’un casque pour le premier pas sur la Lune, mais le créateur d’origine Chinoise la joue plus fine et opte pour une dimension plus street. La casquette fera donc l’affaire. La couverture de survie répond à un nouveau rôle, devenant une veste ou une parka alors que les effets de transparence se succèdent dans un jeu de finesse permettant les superpositions. L’introduction de quelques touches de couleurs vives et de badges brodés réinterpétant les logos militaires et de la Nasa injecte la dimension ultra pop de la ligne jusqu’à devenir même très osé avec des « Suck my Dick ». On vous a bien parlé de septième ciel non ?

Julian Zigerli, l'hiver 2016 fait l'amour à la caméra


Présent pour sa deuxième saison sur Paris, Julian Zigerli est un petit suisse à manger sans sucre ajouté. Riche en matière (grasse) et plein de bonnes choses, le créateur délaisse les traditionnelles présentations pour mieux se consacrer à la performance. Attention en plateau, silence ; ça tourne ! 

Pour tous ceux qui ne sont jamais allés sur un plateau de tournage : maintenant c’est chose faite grâce à l’hiver 2016 de Zigerli. C’est donc tout en rythme et en quasi famille, avec le groupe (LA) HORDE, que le créateur cherche à faire vibrer toute l’intonation de son vestiaire. Expérience de danse, mouvements désinvoltes et vision contemporaine, la scénographie laisse planer une certaine abstraction. 

Intitulée « Larger Than Life » sa collection s’adonne aux souvenirs de son enfance. Entre vielles péripéties et goût de la nostalgie, Julian Zigerli profite de l’instant pour offrir un aperçu assez intime de son histoire personnelle. Les années 80’s et 90’s sont ainsi à l’honneur avec des silhouettes au confort indéniable. Dans une certaine insouciance et une véritable délicatesse d’esprit, le créateur multiplie les effets de survêtements urbains avec des pantalons resserrés à la taille et chevilles, des vestes teddy et autres T-shirts graphiques. 

Les impressions ont toujours été un cheval de bataille pour lui, qui après les moules de son été 2013, n’oeuvre toujours pas pour d'avantage de subtilité avec ses doigts dans un trou... On parle d’insouciance et elle est bien là, mais plus enclin au rêve, les autres motifs donnent dans l’abstrait ; là où seul un enfant y retrouve un monde façonné par des heures d’imagination. Cet esprit de la nuit se lie aussi au détour d’une silhouette kimono, et des nombreuses créations en laine qui parsemaient le vestiaire. La ligne est donnée : le confort est joué. Et avec son accent plus commercial, Julian Zigerli transforme souvenirs en devenir pour mieux faire du passer une force du présent.