Devenu l’enfant roi de la mode, Simon Porte Jacquemus, nominé une seconde fois pour le prix LVMH, recapitalise sur les facteurs de son succès et retourne, pour la saison, vers un univers enfantin qui le rassure tant.
L’hiver 2015 devient une forme d’hommage à lui même où nombre de silhouettes, et leurs caractéristiques, ne cessent de rappeler les détails de collections antérieures. Les cercles perforés laissant apparaitre des bandes de tissus et les multiples customisations abstraites, qui parsèment la collection, deviennent le fleuron de la ligne et perpétuent une certaine forme de naïveté, volontairement revendiquée et assumée...
Ce retour flagrant à l’enfance est vibrant par la déclinaison des asymétries, juxtapositions et entremelages de formes, couleurs et tissus. La silhouette devient sujette à des gribouillages, à des expérimentations, où la femme Jacquemus s’amuse à découper la matière pour en façonner de nouvelles pièces. Tel un jeu, les vêtements en patchwork et pantalons à la taille exagérée deviennent une nouvelle norme, où le corps n’est désormais plus un tabou mais se revendique au naturel. Et c’est bien la notion de Nature que la collection cultive en invoquant le soleil en hiver.
Contrairement aux précédentes saisons, il y avait une intensité plus sauvage et véritable dans le défilé. Finies les filles qui pavoisent, l'allure fraîche et désinvolte. Aujourd’hui la femme Jacquemus revendique une intensité plus brute, plus spontanée… Elle explore sa liberté, pieds et seins nus… Même le maquillage s’affiche en guise de masque.
Plus modestes, quelques silhouettes autorisent un manteau ou deux alors que la poitrine se cache désormais derrière un plastron fait de mains. Drôle d’apparence. En dehors des noeuds et oeillets qui se multiplient au fur et à mesure du show, Jacquemus se détermine dans les asymétries. Jupes à fentes incurvées et robes manteaux ceinturées sur les cotés contribuent aux looks les plus portables alors que les tissus noués autour du corps, tel un bonbon, contraignent d'avantage la silhouette pour au final la pourfendre.
Sous les paroles d’une voix bien enfantine répétant "Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre », la collection reflète un brin de solitude. Perdu en mer, l’enfant Jacquemus dérive. Il expérimente seul ses rêves et les traduit dans la matière. Non sans naïveté les essais sont excentriques oui, mais ponctuellement trop difformes. Il est certain que le créateur trouvera encore une fois sa clientèle mais il est souhaitable que cette enfance fasse acte de chrysalide pour gagner encore plus en attraction et maturité.
On retiendra : la nudité assumée et le retour de cette femme enfant accentuée.
La pièce sublimatrice : les jupes asymétriques et les mailles aux extrémités trop longues.
Jacquemus Fall Winter 2015
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